Y-a-t-il une « grande démission » aussi dans l’immobilier ?

La France enregistre une croissance record du nombre de démissions. Dans la pierre, les départs se font aussi ressentir, mais il s’agit visiblement davantage d’un déplacement géographique que sectoriel des professionnels.

Si vous avez suivi le marché de l’emploi récemment, vous avez certainement entendu parler de la « grande démission ». L’expression désigne une grande vague de démissions dans les entreprises qui, ayant débuté aux États-Unis durant la pandémie, se fait aujourd’hui ressentir  en France — dans une moindre mesure pour le moment —. Dans l’Hexagone, La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) attachée au ministère du Travail a en effet enregistré des hausses de 10,4 % et 19,4 % des démissions en juin et juillet 2021 par rapport à 2019. Au 3ème trimestre de l’année dernière, 620 000 démissions supplémentaires et ruptures conventionnelles ont également été enregistrées.

Plus qu’un mouvement éphémère, il semblerait que nous assistions à une véritable tendance de fond. Alors, deux questions : le marché de l’emploi immobilier est-il concerné et comment l’expliquer ?

Des départs liés aux évolutions du marché

 « Oui » répond Hugo Bolzinger à la première question, fondateur du site Le Recruteur Immobilier.fr. « D’une part, force est de constater que la météo du marché impacte directement la motivation des professionnels, dans le bon comme dans le mauvais sens. Pour cause, ils sont actuellement les premiers à constater combien les cartes de l’immobilier ont été rebattues et ils voient ainsi leur activité boostée ou perturbée selon leur localisation. À Paris surtout et dans d’autres grandes villes, là où le marché était si tendu qu’à peine un mandat était rentré que le bien était vendu, l’activité a sensiblement ralenti au profit des petites et moyennes villes de province » explique M. Bolzinger. « Pour les professionnels de l’immobilier qui avaient jusqu’ici bénéficié d’une activité faste, les difficultés rencontrées à vendre face à des acquéreurs de plus en plus exigeants et pointilleux perturbent. Elles soulèvent beaucoup de questionnements, renversent les pratiques jusqu’ici acquises, génèrent pour certains une démotivation et de ce fait, plus de départs » observe Hugo.

Où ça ? En province justement, dans les secteurs devenus prisés des acquéreurs Franciliens notamment, en quête d’une meilleure qualité de vie. « À l’image de la tendance générale des foyers français, beaucoup de professionnels de la pierre font le choix de quitter la région parisienne pour rejoindre des secteurs attractifs tels que Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Biarritz, la région PACA ou la Bretagne à titre d’exemples. C’est la perspective de retrouver une activité immobilière favorable, avec en prime, la possibilité d’améliorer sa qualité de vie individuelle ».

 … mais aussi aux nouveaux modes de vie

Améliorer sa qualité de vie personnelle et familiale, c’est justement le second facteur important de cette vague de démissions observée en France (et ailleurs), tous secteurs confondus. En effet, depuis la pandémie, nous avons assisté (et certainement mûri en nous-mêmes) l’émergence d’un nouveau rapport au travail, qui a placé le bien-être, l’épanouissement personnel et familial en priorité n°1. Les travailleurs.euses, surtout les plus jeunes, sont en quête de sens, d’une meilleure conciliation de leurs aspirations privées et professionnelles, et ils font ainsi des choix de carrière différents de ceux de leurs aînés. D’après une enquête de Microsoft sur les tendances au travail, 52 % des moins de 25 ans envisagent de quitter leur entreprise en 2022. « J’ai effectivement constaté des départs très rapides, parfois sur un coup de tête, chez certains jeunes candidats (même si bien sûr il ne faut pas en faire une généralité) » confirme Hugo Bolzinger. « Ils n’hésitent pas à quitter un employeur prématurément pour en rejoindre un autre plus offrant en terme de rémunération, de conditions de travail et de stabilité ».

Comment limiter les démissions ?

 La stabilité, c’est justement l’un des avantages les plus recherchés par les professionnels de l’immobilier. Pour retenir ses équipes et limiter le risque de départs prématurés, Hugo Bolzinger encourage ainsi les recruteurs à recourir davantage au statut salarié pour pérenniser l’engagement des agents commerciaux. « Un statut stable, une rémunération concurrentielle, plus de flexibilité dans les conditions de travail, une distribution des secteurs d’activité juste et pertinente et bien sûr, des relations de confiance, voici les conditions qui font la différence pour fidéliser les équipes » conclut le spécialiste du recrutement. Car enfin, il s’agit aussi de donner envie aux futures recrues, en proposant par exemple des aides à l’installation pour les nouveaux professionnels arrivant d’autres régions. Car si les fins de contrats de travail augmentent, les embauches ne cessent aussi de progresser !

Source: Le Journal de l’Agence  Date de l’article: le 25 mai 2022

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